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Un intellectuel catholique sous la Coupole
La Documentation catholique a pour tradition de s'intéresser à l'entrée de représentants de l'Église ou d'intellectuels catholiques à l'Académie française.
Elle le fait aujourd'hui pour Jean-Luc Marion reçu le 21 janvier, comme elle le fit l'an dernier lors de la réception de Mgr
Claude Dagens (1). À travers cet accueil, c'est en effet toute l'Église qui se trouve honorée. Plus singulièrement, c'est
la mémoire du cardinal Jean-Marie Lustiger (1926-2007) qui est rappelée. Le philosophe en occupe désormais le fauteuil. Entre
les deux hommes, la filiation est évidente.
Le 11 février, lors d'un colloque au Collège des Bernardins, Jean-Luc Marion s'est attaché à montrer la fécondité de la pensée
et de l'action du cardinal concernant l'Europe (2). Jean-Marie Lustiger n'avait pas seulement diagnostiqué une crise de la
rationalité en Europe, comme le philosophe Husserl (1859-1938) dans les années 1930 (3). Il en avait donné les causes : le
nihilisme et l'absence de volonté de reconnaître les racines chrétiennes de l'Europe. En de nombreuses interventions, le cardinal
avait souligné la faible capacité de résistance de la métaphysique européenne face à la confusion des valeurs et l'insuffisance
de recherche sur la nature spirituelle de l'Europe. Il ne faisait pas de doute pour lui que l'Europe n'est une entité ni géographique
ni historique. Elle est bien d'abord une émanation du christianisme. D'où son action résolue pour que l'unité des chrétiens,
d'Est en Ouest, soit reconnue comme la condition de l'unité de l'Europe.
D'autres événements, notamment les 7-9 mai prochains à Verdun et à Metz où interviendront les cardinaux André Vingt-Trois
et Franc Rodé, mettront en évidence l'importance de mieux cerner les fondements spirituels de l'Europe. La confusion des questions
sur son origine semble la condamner à n'être qu'un conglomérat instable. Elle ne paraît pas aujourd'hui avoir de véritable
projet politique. Beaucoup en conviennent. La crise de l'Europe a d'authentiques causes spirituelles. Face à la démission
des intellectuels sur le sujet, Jean-Luc Marion, auréolé de sa nouvelle notoriété auprès du grand public, entend bien le rappeler.
Sur ce sujet majeur, il souhaite visiblement jouer un rôle.
Jean-François PETIT,
assomptionniste
(1) Cf. DC 2009, n. 2426, p. 609 et suiv.
(2) Cf. www.institutlustiger.fr. À cette occasion sont parus deux ouvrages : J.-M. Lustiger, L'Europe à venir, Communio/Parole et silence, 2010 ; M. Rougé (éd.), Jean-Marie Lustiger, cardinal républicain, Parole et silence/ Collège des Bernardins, 2010.
(3) Cf. E. Husserl, La crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale, Gallimard, 1976.
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N° 2441
Du 07/03/2010
Rubrique Éditorial
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